L’envie
25 décembre 2009
L’écho
22 décembre 2009
Assis sur un banc d’église, espérant l’écho. Le chœur s’élance, chante cette naissance, appelle les frissons, les voix s’envolent, planent, bas, puis surprennent, haut, le nombre les magnifie, c’est un peu facile et on sourit. Autour, on les revoit ces jours, on s’y préparait, on les rêvait déjà en juin ou en juillet. Cent yeux se ferment, angoissés, et l’attendent, l’écho, le retour une seconde vécu, on y était, on y a cru, un matin de conte, un moment gelé sans doute embelli, sans doute retouché, mais qu’est-ce que ça fait, l’écho a répondu, on est rassuré.
Assis sur un banc d’église, espérant l’écho. Le chœur s’élance, chante cette naissance, appelle les frissons, les voix s’envolent, planent, bas, puis surprennent, haut, le nombre les magnifie, c’est un peu facile et on sourit. Mais dedans où sont ces jours, les voix projetées ricochent sans vibrer, se trouvent le souffle court. Pour mon envoi point de retour. C’est un peu ridicule, si vite parti je reviens, le chœur chante mais je n’entends rien. J’envoyais les voix en espérant l’écho, peut-être était-ce une erreur, une lettre et pas d’expéditeur. Rien pour s’accrocher. Elle a dû glisser.
Le silence
27 juillet 2009

Tout autour,
partout,
ici et ailleurs,
rien ne se dit à l’interieur.
Alors il faut constater,
prendre acte et accepter
humblement,
le silence qui se fait,
en attendant.
La fleur de l’âge
8 juin 2009

Sur la pelouse, au bord de la piscine en banlieue, attentif et responsable d’eux tous, les cris explosent et la joie s’exprime dans les aigus des filles, ou dans les graves hésitants des garçons qui grandissent, courir, tomber, sauter dans l’eau chlorée avec son odeur, les yeux rougissent et les maillots collent, il fait assez chaud pour en avoir envie, assez chaud pour quitter ses habits, assez chaud pour se montrer pour la première fois, avant on n’y pensait pas vraiment, mais maintenant on a treize ans.
Sur la pelouse, au bord de la piscine en banlieue, attentif et responsable d’eux tous, devant moi, ils ne les partagent pas ces treize ans qu’ils baignent dans l’eau du jour, treize années qui glissent sur cette peau qu’ils n’auront pas toujours, gardant pour eux-même la fleur de leur âge, jalousement, ils jouent, ne sentant pas le moment, il glisse aussi, ces treize ans dureront toute la vie, habitant leur corps dans un printemps unique, un printemps comme un rite initiatique dont on garde un souvenir sucré ou amer, tendre ou acide, leurs petits corps à mi -chemin, à cette heure où bourgeonne en silence une fleur intérieure, celle du souvenir de ces jours et de ces années, celle des jeunes cons, des filles studieuses ou des garçons poêtes, la fleur de nombreux secrets, dont l’odeur de chlore, de première bière ou de baiser sera témoin d’heures qui seront oubliées, chéries ou regrettées.
Göteborg
2 juin 2009

Assis dans ma chambre d’hôtel, entouré de murs proches et de sons voisins, fenêtre ouverte, près d’une gare, une place animée et le jour qui s’entête, le corps fatigué du voyage, le lit trop haut et la cigarette interdite, chacun son box et sa solitude, pour une soirée et une nuit, dans la ville de l’ouest accompagnant le soleil jusqu’à l’extinction, accompagnant mon sommeil jusqu’à l’évasion.
Assis dans ma chambre d’hôtel, entouré de murs proches et de sons trop voisins, fenêtre ouverte, près d’une gare, l’esprit s’échappe, rejoint la mer puis son père statue sur Götaplatsen, repasse sur la voie ferrée pour envisager Karlstad, Åmål ou Köpenhamn, pourquoi pas, dans le vent et près de l’eau, traverse l’archipel, revient en une brise dans ma chambre, et me redit que oui, les villes offertes à la mer sentent le sel, la peau brune et l’iode, que celle-ci est à la mer du Nord ce que mon autre est à la Méditerranée, et que les aimant les deux, on pourrait se dire qu’on va toujours, un peu, vers là d’où l’on vient.
Caravane
19 mai 2009
De nouveau transporté par le train, de nouveau ballotté et bercé, rappelé aux souvenirs des départs et des arrivées, excité ou fatigué, enthousiaste ou saoul, traverser les rangées, trouver sa place, un jour fumeur, et puis plus, s’installer, savoir que cela va durer un peu et aimer cette idée, s’arrêter parfois, sentir que tout bouge autour mais pas soi, le monde en lecture rapide, les mêmes sièges bleus sous le corps lourd, chaque matin, chaque soir, toujours le même voyage, jamais le même voyage, en train, dans cette longue ville de transition, pour une heure.
De nouveau transporté par le train, de nouveau balloté et bercé, rappelé aux souvenirs des départs et des arrivées, excité ou fatigué, enthousiaste ou saoul, de retour en arrière, un autre temps et un autre air, la caravane est en marche, nous transportant, bienveillante, ce train que nous avons pris, un jour, longtemps ou quelques minutes, assis bien droit ou allongés, avec toi, toi et toi aussi, qui s’est arrêté ou qui roule encore, la mémoire de tous ces trains pris parfois en marche, de ceux dont on voulait descendre sans le pouvoir dans un voyage trop long, en se disant qu’on aurait dû le stopper plus tôt, puis de ceux qui durent encore aujourd’hui et qui donnent le goût d’y rester, d’en prendre d’autres, encore, cette fois avec toi, toi ou bien toi et qui continueront, châteaux ambulants, à nous mener les uns vers les autres.
Noce
12 mai 2009
Une longue table de fête, bruyante et dense, trois chandelles luisantes, fébriles comme les premiers mots à son voisin, inconnu, se rencontrer, va-t-on se plaire, va-t-on suffire, les sourires se figent et souvent l’oeil revient à son assiette, les lèvres vers le vin rouge, glissent sur le verre, y boivent, et reprennent la course, s’agitent encore, se referment d’un coup, coupables, en a-t-on trop fait, qu’en est-il de l’autre, le vin maquille encore la bouche, va-t-on se plaire, va-t-on suffire, sourire carmin, hocher la tête, peut-être bien, encore, une gorgée de vin.
Une longue table de fête, trois chandelles luisantes, fébriles comme ceux qui dansent là, devant, à voir si l’on peut se rencontrer comme ça, va-t-on se plaire, marcher lentement vers l’exterieur, maîtriser les pas, fumer en chuchotant à soi même, le regard joueur, les lèvres toujours rouges, le feu dans l’estomac brûlé par les bières suivant le vin, puis y retourner, conquérant, maîtriser les pas, les yeux arrachant quelques vêtements au passage et goûtant quelques bouches interdites, effleurant des mains, reprendre place, divinement alcoolisé, et posséder pleinement ce corps insuffisant, être un peu plus que soi, un peu plus à soi, se plaire et se suffire, dans cette noce d’un soir .
Y aller ou pas
12 mai 2009

La nouveauté
28 avril 2009
Cette fois assis sur un banc, une nouvelle place, vigie patiente de la masse flottante des corps, balancés de droite à gauche, avec un mouvement plus rond, plus lent du bassin, on s’attarde sur ses pas, rien ne semble presser le soir, rien ne semble tirer le jour vers la nuit, la lumière nordique étendue, un peu suspecte à cette heure, dans des rues prises par ceux qui, en ôtant leurs lunettes de soleil, deshabillent leurs yeux et nous regardent avec l’air de la nouveauté sur le visage, cet air qui parfois dit je ne me souvenais plus, ces gens sont si beaux, et moi peut-être aussi.
Cette fois assis sur un banc, une nouvelle place, et ce sourire neuf , cet air qui dit c’est nouveau, qui capte cette lumière plus forte ou cette exposition spéciale, celle qui montre quelques instants des visages vierges, aperçus pour la première fois, dans une lueur jaune et blanche qui invite et qui séduit, les inconnus traversent la place et on en est renversé, touché sans avis, puis réveillé par des beautés inédites qui émeuvent jusqu’aux larmes, une flèche dans le bras, parfois, et l’équilibre perdu dans une divine surprise, englouti par la vague d’un vendredi au printemps, quand la journée se termine, quand les visages respirent, on ne s’y attendait pas, non, et, étourdi, on se le redit, c’est nouveau, cela n’existait pas ce matin.
Derrière la fumée
21 avril 2009
Derrière l’écran de fumée, goût métallique sur la langue, la nuit ne dit rien que l’orange des réverbères, les voitures ne roulent plus sur ma rue. Des fenêtres comme des carreaux de cahier, une éclairée, deuxiéme étage, immeuble en face, des vies dans les cages, derrière un écran de verre, en plan serré, les silhouettes se tiennent, glissent, ne dévoilent que le haut, disparaissent et reviennent, toujours derrière ma fumée, tirer et exhaler, fasciné par la densité de l’air qui s’échappe de ma bouche, de mes narines, et qui s’évade, gris sur noir, en tourbillonant.
Derrière l’écran de fumée, goût métallique sur la langue, la nuit ne dit rien que l’orange des réverbères, les voitures ne roulent plus sur ma rue. Les carreaux éteints maintenant, sitôt rallumés par ma pensée, l’un après l’autre, puis apercevoir ceux qui vivent là, les voir tous sans qu’ils se voient, en face, c’est ça, et faire tomber leurs murs, ayant ces yeux pour eux et changer de perspective, faire se méler chaque petit monde, chaque son et chaque odeur, les laisser se rencontrer, famille recomposée vue de ma fenêtre, en plan large, comme eux peut-être me voient, entouré de ceux à côté, de ceux sur ma tête et de ceux sous mes pieds, ayant ces yeux pour nous, changeant de perspective, derrière ma fumée, entre nos murs.

