Derrière la fumée

21 avril 2009

Derrière l’écran de fumée, goût métallique sur la langue, la nuit ne dit rien que l’orange des réverbères, les voitures ne roulent plus sur ma rue. Des fenêtres comme des carreaux de cahier, une éclairée, deuxiéme étage, immeuble en face, des vies dans les cages, derrière un écran de verre, en plan serré, les silhouettes se tiennent, glissent, ne dévoilent que le haut, disparaissent et reviennent, toujours derrière ma fumée, tirer et exhaler, fasciné par la densité de l’air qui s’échappe de ma bouche, de mes narines, et qui s’évade, gris sur noir, en tourbillonant.

Derrière l’écran de fumée, goût métallique sur la langue, la nuit ne dit rien que l’orange des réverbères, les voitures ne roulent plus sur ma rue. Les carreaux éteints maintenant, sitôt rallumés par ma pensée, l’un après l’autre, puis apercevoir ceux qui vivent là, les voir tous sans qu’ils se voient, en face, c’est ça, et faire tomber leurs murs, ayant ces yeux pour eux et changer de perspective, faire se méler chaque petit monde, chaque son et chaque odeur, les laisser se rencontrer, famille recomposée vue de ma fenêtre, en plan large, comme eux peut-être me voient, entouré de ceux à côté, de ceux sur ma tête et de ceux sous mes pieds, ayant ces yeux pour nous, changeant de perspective, derrière ma fumée, entre nos murs.

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