La nouveauté

28 avril 2009

Kunsthaus, Graz.Cette fois assis sur un banc, une nouvelle place, vigie patiente de la masse flottante des corps, balancés de droite à gauche, avec un mouvement plus rond, plus lent du bassin, on s’attarde sur ses pas, rien ne semble presser le soir, rien ne semble tirer le jour vers la nuit, la lumière nordique étendue, un peu suspecte à cette heure, dans des rues prises par ceux qui, en ôtant leurs lunettes de soleil, deshabillent  leurs yeux et nous regardent avec l’air de la nouveauté sur le visage, cet air qui parfois dit  je ne me souvenais plus, ces gens sont si beaux, et moi peut-être aussi.

Cette fois assis sur un banc, une nouvelle place, et ce sourire neuf , cet air qui dit c’est nouveau, qui capte cette lumière plus forte ou cette exposition spéciale, celle qui montre quelques instants des visages vierges, aperçus pour la première fois, dans une lueur jaune et blanche qui invite et qui séduit, les inconnus traversent la place et on en est renversé, touché sans avis, puis réveillé par des beautés inédites qui émeuvent jusqu’aux larmes, une flèche dans le bras, parfois, et l’équilibre perdu dans une divine surprise, englouti par la vague d’un vendredi au printemps, quand la journée se termine, quand les visages respirent, on ne s’y attendait pas, non, et, étourdi, on se le redit, c’est nouveau, cela n’existait pas ce matin.

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